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Par Julie d’Yvoire

Le thème du transport urbain est plus que jamais d’actualité avec le nouveau plan anti-pollution défendu par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, qui instaure la mise en place d’une nouvelle série de mesures visant à réduire le nombre de voitures en circulation dans la capitale française. Il est aujourd’hui primordial que les pouvoirs publics initient ce type d’actions afin de réduire notre impact sur l’environnement. En effet, la croissance de la mobilité individuelle en milieu urbain étant de moins en moins soutenable, un recours plus massif aux transports collectifs devient aujourd‘hui un des enjeux de la mobilité durable.

L’annonce de ce nouveau plan anti-pollution a pourtant provoqué un tollé parmi la population parisienne et un certain nombre d’associations d’automobilistes, qui y voient une « chasse aux sorcières ». Il conviendra dès lors de nous interroger sur les raisons de la réticence de la population à abandonner leur voiture individuelle au profit des transports en commun, alors que ces derniers sont correctement développés et efficients. Il est intéressant de noter que la part de la voiture individuelle dans les déplacements urbains en France reste aujourd’hui prépondérante (62% contre 4% pour les transports collectifs)1, alors que, dans beaucoup de communautés urbaines, le recours aux transports collectifs est plus efficace en termes de temps-distance que l’utilisation de la voiture.

Revenons sur l’évolution des transports en commun, dont le développement représente l’une des grandes avancées du 20ème siècle. L’accent a longtemps été mis sur le développement du réseau, l’accessibilité et la performance technique en vue de l’efficacité du transit (vitesse, fiabilité, capacité). Ces 3 critères sont et resteront primordiaux, dans la mesure où la vocation initiale du transport est de déplacer quelqu’un ou quelque chose d’un point de départ A à un point d’arrivée (ou destination) B. Toutefois, malgré les innovations constantes en termes technologiques et l’accroissement de la vitesse des transports, il semblerait que les temps consacrés au transport soient restés relativement stables. Cette constance s’expliquerait, selon la loi de Zahavi2, par un réinvestissement du temps gagné sur l’allongement de la distance parcourue (phénomène d’étalement urbain : nous acceptons de parcourir des distances plus grandes, tant que notre temps de transport reste le même).

La recherche de « gain de temps » dans les transports ne pourrait donc pas être apportées par les innovations en termes de performance technique. Stéphane Cobo propose alors de « donner une autre valeur au temps : passer d’une logique du temps-distance au temps-substance, un moment riche de sens, une façon d’habiter le mouvement »3. Il convient dès lors de travailler au changement du paradigme initial du transport, de dépasser son caractère purement fonctionnel, afin de proposer des services, des lieux d’accueil et des nouveaux usages qui feront sens et qui pourront « redorer le blason » des transports en commun.

A noter que plusieurs projets autour des transports urbains sont présentés par l’Observeur du Design 2013 : la nouvelle typologie des bus « Parisine Girouette », la station de bus Osmose, le Mettis bus à haut niveau de service… nous y reviendrons lors d’un prochain article. Cela démontre que l’étude prospective des transports est un enjeu d’actualité auquel le design peut apporter sa contribution.

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Sources :

1http://ecocitoyens.ademe.fr/mes-deplacements/se-deplacer-responsable/a-savoir

2 CROZET Y., JOLY I., Budgets temps de transport : les sociétés tertiaires confrontées à la gestion paradoxale du  » bien le plus rare « . Les cahiers scientifiques du transport, 2004, 45, p. 27-48

3 COBO S. Métro 2.0, Le futur des transports collectifs. In : LAYET M., BULTEZ ADAMS P., KAPLAN F. Futur 2.0 Comprendre les 20 prochaines années. Limoges : Editions FYP, 2007, p. 38-41.

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