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Par Paul Chassais

Le « maker mouvement », une nouvelle tendance qui se répand à une vitesse fulgurante, et que The economist qualifie de troisième révolution industrielle, rien que ça ! Selon Chris Anderson, auteur du livre Makers : The New Industrial Revolution, la définition de ce phénomène est simple : « c’est lorsque le web rencontre le monde réel. »

Au XVIIIème siècle, la première révolution industrielle était la mécanisation, et consistait à remplacer les muscles de l’homme par l’énergie des machines, ce qui permettait d’augmenter la productivité humaine en laissant les machines faire le travail. La deuxième révolution industrielle était la révolution informatique. Non pas l’invention des ordinateurs, mais leur démocratisation : le fait de les mettre dans les mains de tous, ainsi que la création d’internet qui a libéré une immense quantité de talents, d’énergie et de créativité. La prochaine révolution industrielle dont parle Chris Anderson est tout simplement la fusion des deux premières.

Grâce aux nouvelles technologies, le monde informatique et celui de l’électronique ne sont plus seulement réservés à des ingénieurs ou des scientifiques, mais sont accessibles à tous d’un simple clic. Le maker movement permet de relier le monde digital et le monde physique grâce à des outils et des logiciels simples et peu coûteux. N’importe qui est maintenant capable de créer ses propres produits grâce à la plateforme open-source de prototypage électronique Arduino. Cette plateforme est basée sur une combinaison de hard et software à la fois simple, facile à utiliser, économique et performante. Le site est destiné aux artistes, designers, ou amateurs, et à tous ceux qui s’intéressent à la création d’objets interactifs. Les retours des utilisateurs sont très positifs, car ce qui leur paraissait être beaucoup trop compliqué pour eux, et destiné aux seuls ingénieurs, s’est avéré être très simple. En très peu de temps, on devient capable de créer toute sorte de choses : un mini-robot télécommandé, une semelle de chaussure qui s’allume au contact du sol, une plante qui envoie des messages sur twitter lorsqu’il faut l’arroser, des « gants-piano » qui permettent de jouer sur n’importe quelle surface… La créativité des utilisateurs n’a pas de limites.

La troisième révolution industrielle est en marche.
La plateforme Arduino est basée sur l’open-source, le partage de connaissances qui est cher aux hackers, et qui permet de ne pas mettre de freins à l’innovation. Grâce à ce site, qui nous prend par la main étape par étape, on devient par exemple capable de créer des objets « robotisés » assez facilement. On peut acheter les circuits intégrés de la taille d’une carte bleue pour seulement 20€, ou l’on peut les fabriquer soi-même en achetant simplement les composants, et en suivant les instructions sur le site internet.

Le maker movement est une sorte de retour aux sources grâce aux nouvelles technologies, un ré-apprentissage de la fabrication d’outils, une culture à la fois manuelle & intellectuelle : une culture « Do-It-Yourself ». Il se démocratise énormément grâce aux hackerspaces, de plus en plus nombreux aux Etats-Unis.Ce sont des communautés qui se regroupent dans des rassemblements plus ou moins grands pour mettre en commun leur passion des sciences et des technologies sous la forme de workshops. Cela leur permet de collaborer et de partager des idées, des fichiers, ou du matériel d’impression 3D.

En effet, une autre raison importante de la démocratisation du maker mouvement est l’accès à des imprimantes 3D abordables, qui permettent d’imprimer les objets que l’on a conceptualisés sur ordinateur. Tout comme Arduino, une autre entreprise est à la base du phénomène : Maker bot industries. Et là encore, comme Arduino, l’entreprise fonctionne sur la base de l’open-source et les utilisateurs ont deux solutions :

–      acheter une imprimante 3D Maker bot, dont les prix varient entre 1749$ (modèle replicator) et 2199$ (modèle replicator 2)

–      construire sa propre imprimante 3D en achetant les composants et en suivant les plans partagés.

LA TROISIÈME RÉVOLUTION INDUSTRIELLE EST EN MARCHE.Grâce à ces machines, il devient possible de fabriquer ses propres produits chez soi, en les conceptualisant soi-même sur l’ordinateur, en les partageant avec d’autres utilisateurs de la communauté des makers, ou même en téléchargeant des plans directement sur des sites internet spécialiés comme Thingiverse, « digital designs for real, physical objects. A universe of things ». Via Thingiverse, les makers peuvent simplement uploader ou télécharger des plans d’objets à imprimer ensuite.

La troisième révolution industrielle est en marche.

En se projetant un peu dans le futur, il est facile d’imaginer le changement radical de la manière de penser moderne si, lorsque l’on a besoin d’un objet, au lieu de se dire qu’il faut aller l’acheter, on décide tout simplement de le créer ? Ou de le télécharger ? C’est déjà possible pour des objets simples, que l’on peut tout simplement imprimer chez soi, mais cela deviendra sûrement possible pour des produits bien plus complexes. De nouveaux business models pourront se développer en se spécialisant simplement dans la conceptualisation d’objets 3D et les entrepreneurs pourront simplement vendre leurs plans aux futurs consommateurs qui imprimeront eux-mêmes leurs produits, ou envoyer leurs plans à des entreprises spécialisées qui pourront lancer la production.

Selon Chris Anderson, cette révolution sera plus créatrice que le web, pour la simple raison que le monde physique est bien plus vaste que le monde numérique, et que l’économie liée à la fabrication d’objets physiques, est bien supérieure à l’économie de l’information. Et si les mêmes forces de masse qui ont transformé le monde à travers le web peuvent être appliquées aux marchandises physiques, il y aura un énorme impact social. Depuis la naissance des ordinateurs personnels et d’internet, les gens ont utilisé de nouvelles technologies, à la fois accessibles et relativement intuitives pour créer, communiquer, connecter et collaborer de façons qui étaient inimaginables auparavant. Par exemple les simples outils de blogging, ou les plateformes de médias sociaux ont profondément démocratisé la communication de masse, mettant fin au monopole dont jouissaient autrefois les grands éditeurs et diffuseurs. D’ici quelques années, on pourra vraisemblablement trouver des imprimantes 3D chez de nombreux particuliers, et ainsi, tout comme notre génération a été marquée par la démocratisation de l’informatique, les ordinateurs et internet, la prochaine génération sera entraînée à penser qu’ils peuvent créer et imprimer tout ce qu’ils imaginent.  De plus, même si la règle des 1-9-90 (1% créent, 9% participent et 90% sont passifs) qui s’applique pour le contenu en ligne, s’appliquait aussi à cette nouvelle révolution, cela créerait tout de même une explosion de produits qui changerait notre quotidien puisque cette minorité de personnes représenterait déjà des milliers de nouveaux entrepreneurs. Affaire à suivre.

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Sources :

MAKER : The New Industrial Revolution, Chris Anderson

Arduino.cc

http://designplaygrounds.com/tv/arduino-projects-1/

Thingiverse.com

Makerbot.com

How the maker’s movement plans to transform the US economy – Times

The third industrial revolution – The economist.com

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