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Par Julie d’Yvoire

Comme indiqué lors d’un précédent article (Vers un changement de paradigme des transports), les transports en commun souffrent aujourd’hui d’un important déficit d’image auprès des usagers. Comment, dès lors, inverser cette tendance et inciter les usagers à modifier leurs usages des transports, en abandonnant leurs véhicules motorisés individuels au profit de modes de transport alternatifs ?

Nous allons aujourd’hui nous intéresser aux initiatives qui ont vu le jour ces dernières années dans le secteur des transports en commun urbain (métros, bus). Notre regard portera uniquement sur les avancées en termes de design et d’expérience utilisateur (nous ne développerons pas les avancées techniques améliorant la performance et l’efficacité du transit urbain).

Eminemment consciente de la nécessité de travailler l’attractivité des modes de transport urbain, la RATP a initié en 2008 le programme collectif de recherche européen nommé European Bus System of the Future (EBSF). Ce programme, géré par l’Union Internationale des Transports Publics (UITP), s’appuie sur l’expertise de près de 47 partenaires provenant de 11 pays différents représentant l’ensemble des parties prenantes du secteur des transports (opérateurs, industriels, associations, autorités, universitaires, consultants, etc). Ce programme, doté d’un budget de 26 millions d’euros, avait pour mission, entre 2008 et 2012, de revaloriser le mode de transport que constitue le bus, en repensant aussi bien les véhicules et les infrastructures d’accueil que l’insertion dans la ville et les systèmes d’information.

Durant ces 4 années, plusieurs projets ont été développés et testés « grandeur nature » dans plusieurs villes européennes (Budapest, Madrid, Rouen, Göteborg, Bremerhaven, Brunoy, Rome et Paris). Nous nous intéresserons dans la suite de cet article à l’opération menée à Paris par la RATP : la station de bus Osmose, plateforme expérimentale implantée à Paris, au niveau de la Gare de Lyon depuis mai 2012, constitue en effet l’une des meilleures réalisations du projet. La mise en place de cette station de bus « augmentée » s’inscrit dans la démarche de recherche Osmose, lancée par la RATP en 2009, en parallèle de l’EBSF. Cette dernière est légèrement différente du programme européen, en cela qu’elle mène une réflexion plus spécifiquement relative aux infrastructures d’accueil des transports en commun et à leur interaction avec l’espace urbain.

La démarche Osmose a tout d’abord mené un projet de recherche sur les stations de métro du futur. La RATP a consulté en 2009 trois grands cabinets d’architecte mondiaux sur leurs visions de la station de métro de demain, qui transformeraient les stations de métro en véritables lieux de vie offrant une grande mixité d’usages afin de mieux intégrer les transports à l’espace urbain (disparition de la rupture vie souterraine-espace urbain, fluidification des parcours utilisateurs et insertion de commerces de proximité au sein de ces espaces).

Dans la continuité de cette première recherche, la RATP a souhaité élargir la réflexion aux espaces de transports de surface que constituent les arrêts de bus. Cette réflexion a mené à la mise en place de la station de bus Osmose en mai 2012 (pour une période de 6

mois renouvelable) en lieu et place de la station de bus Gare de Lyon-Diderot à Paris. L’objectif premier était de pousser la réflexion autour des espaces d’attente et de prouver que la station de bus pouvait dépasser sa fonction première d’attente et proposer un espace de confort et un ensemble de services destinés aux usagers comme aux riverains et passants.

Cette nouvelle station de bus impressionne tout d’abord par la superficie qu’elle occupe au sol (85m2 contre 7m2 pour une station de bus classique). Toute personne ayant vécue de longues minutes d’attente sous une pluie battante et un vent glacial dans une proximité trop proche avec son voisin comprendra l’importante plus-value d’une telle superficie. Par ailleurs, la station est ouverte aussi bien du côté chaussée que du côté ville (la quasi totalité des arrêts de bus actuels étant orientée uniquement vers la voierie). Cela apporte tout d’abord une plus grande fluidité et facilité de déplacement pour les usagers de cette station qui constitue un point névralgique en heure de pointe (3 lignes de bus en interconnexion avec les lignes 1 et 14 du métro parisien, les RER A et D, ainsi que toutes les liaisons SNCF offertes par la gare de Lyon). Cela permet aussi une plus grande ouverture de la station de bus sur la ville, elle devient alors un lieu d’échange entre usagers des transports et passants ou habitants du quartier.

Et si attendre son bus n’était plus du temps perdu…

Les innovations apportées à cette station concernent l’importance accordée au confort des usagers, l’accès facilité aux informations relatives aux transports, ainsi que le déploiement d’un certain nombre de services innovants permettant de transformer l’attente en un temps utile et agréable.

Afin de rendre l’espace d’attente plus confortable, plusieurs améliorations ont été apportées. Tout d’abord, le nombre de places assises est porté à 11, contrairement aux arrêts de bus classiques qui en comportent en général 3. Des tablettes pour poser les

sacs sont proposées, ainsi qu’un miroir de courtoisie. Un plancher accessible aux fauteuils roulants délimite l’espace de la station et rend de plus l’espace plus cosy. Pour augmenter le confort, l’espace est agrémenté de parois en verre décoratives dotées de la technologie E-glass (Quantum Glass) permettant de diffuser une douce chaleur lorsque la température extérieure devient particulièrement fraîche. Enfin, afin de parfaire l’expérience des utilisateurs, un design sonore zen (imaginé par le studio Audionote) est diffusé au travers des parois afin de limiter sa diffusion à l’espace de la station et l’ambiance lumineuse, créée par Philips et proche de la luminothérapie, évolue en fonction des heures de la journée. Tout cela participe à rendre plus confortable la période d’attente des usagers.

Et si attendre son bus n’était plus du temps perdu…

Banc et parois de verre décoratives

L’information est également au cœur de la station et devient de plus en plus technologique. 2 écrans diffusent en temps réel l’information trafic : heure des prochains passages de bus et indications quant au trafic relevé dans le quartier. 2 grands écrans tactiles et interactifs, accessibles aux personnes en fauteuil, permettent à tout usager de trouver au plus vite son itinéraire et indiquent les points d’intérêt du quartier. La station est également encadrée de 2 totems signalétiques, rétro-éclairés la nuit pour augmenter la visibilité de la station. Ces totems indiquent côté station les principales directions à suivre pour rejoindre à pied les autres modes de transport du quartier. Un pictogramme permet aux personnes malvoyantes d’obtenir une information sonore quant aux lignes de bus desservant la station et leurs directions. Enfin, un nouvel automate de vente de titres de transport propose également une interface accessible aux déficients visuels. Cette station a donc été pensée dans un souci de conception inclusive.

Le développement de la station Osmose a également mis l’accent sur la présence de nombreux services à destination de l’usager des transports, mais aussi des passants et riverains. Ainsi, un mini-espace commercial permet à des commerçants de se relayer tout au long de la journée pour proposer aux usagers de la station un café et des viennoiseries le matin, des plats à emporter lors de la pause déjeuner, la possibilité

d’acheter des fruits et légumes chez un primeur en fin d’après-midi… Des bornes interactives diffusent un service de petites annonces sur Paris (offres d’emploi dans le quartier…). Une station de vélos à assistance électrique en libre-service a également été expérimentée auprès d’une communauté de riverains. Un autre service mis en place dans la station Osmose est une bibliothèque en libre-service fonctionnant sur le principe suivant « Je dépose un livre, j’en prends un autre ». Ce service est à l’initiative de l’association Les Amis de Circul’Livre dans le but de promouvoir la lecture. Enfin, une connexion Wifi publique, une prise électrique pour recharger téléphones ou ordinateurs et un défibrillateur sont également présents dans la station. L’ensemble de ces services vise à faciliter la vie des usagers, à leur rendre l’attente plus agréable et à faire de la station de bus un vrai pôle d’échange entre les transports et la ville.

Et si attendre son bus n’était plus du temps perdu…

Station de vélos & Bornes interactives

Enfin, la RATP et Marc Aurel, l’architecte-designer ayant réalisé la station, ont souhaité que cette « station du futur » fasse référence au patrimoine des transports parisiens, comme peuvent en témoigner les bancs-assises en céramique blanche biseautée rappelant les couloirs du métro, ainsi que la silhouette contemporaine de la marquise, rappelant celles de Guimard, emblématiques des entrées de métro parisien.

Et si attendre son bus n’était plus du temps perdu…

Marquise

Cette station Osmose semble avoir éveillé l’intérêt et la curiosité des usagers dès son installation, mais loin de ne séduire que les usagers, la station Osmose a aussi suscité un fort enthousiasme en termes de design : cette réalisation a été récompensée par le Janus de l’Innovation 2012 (décerné par l’Institut Français du Design) et s’est également vue décerner une étoile de l’Observeur du Design 2012.

Tous ces projets ne sont encore qu’au stade de l’expérimentation mais prouvent qu’une véritable dynamique du changement est en place et que le design et la conception orientée utilisateur sont de véritables vecteurs de cette métamorphose. Les espaces de transport que constituent les stations de bus ou de métro, les gares ou les aéroports sont les premiers touch-points que l’usager va avoir lors de son l’expérience de transport. Il est donc primordial qu’il se sente bien dans ces espaces, que ceux-ci soient conçus de manière à fluidifier ses déplacements, qu’ils soient confortables et que l’attente, inhérente à tout transport en commun, puisse y être mise à profit. Le retour enthousiaste des usagers et des organismes compétents en termes de design est un premier pas et démontre la pertinence de telles installations.

Toutefois, qu’en est-il de leur viabilité ? Les habitués de la station Paris Gare de Lyon auront-ils la chance de voir cette installation devenir pérenne ou devront-ils dans quelques mois se réhabituer à une station de 7m2 ? Le plus gros challenge reste à mener… trouver les financements nécessaires pour que ce type de stations se généralise !

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Sources :

http://www.ratp.fr/fr/ratp/r_66797/la-ratp-experimente-une-station-de-bus-du-futur/print/

http://www.ratp.fr/fr/ratp/r_65980/osmose-quelle-station-de-bus-pour-demain-/

http://www.ratp.fr/fr/ratp/c_12236/osmose-quelles-stations-de-metro-pour-demain-/print/

http://www.ratpdev.com/fr/le-mag/fr/osmose-la-station-de-bus-du-futur#.UL8h20JeNGg

http://www.lemoniteur.fr/133-amenagement/article/actualite/17704419-osmose-la-station-de-bus-du-futur

http://www.ebsf.eu

http://www.industrie-mag.com/article790.html

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