Article rédigé par Audrey Onolfo –  Septembre 2013

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Nous sommes actuellement dans un schéma où les parfums émergents sont ceux à la plus forte identité visuelle, aussi envahissante et extrapolée soit-elle (Invictus, 8% de part de marché la semaine de sa sortie, du jamais vu). Dans cette ère du parfum visuel, d’autres personnes sont à la recherche de parfums d’exception, de parfums qui n’ont pas besoin d’icônes pour se dévoiler et séduire leur public. Pour ces gens là, je préconise de traiter le parfum comme le vin.

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Pourquoi le vin me direz-vous ? Pourquoi pas le champagne ou un autre produit de luxe, ou pourquoi ne pas laisser au parfum son rituel propre au lieu de vouloir tout assimiler ? Ce à quoi je répondrai que les logiques guidant l’univers du vin sont aujourd’hui des logiques émergentes dans l’univers du parfum, mais dont les conséquences n’ont pas encore été totalement appliquées.

Une première préoccupation commune est la recherche de qualité, de saveur, de différenciation. Jean Claude Ellena parlait ainsi dans une interview à l’Institut Français de la Mode  de l’émergence d’une clientèle « qui n’est pas satisfaite des parfums neutres, lisses et sans signature. ». Cette posture est la même que celle des amateurs de vin, qui cherchaient à sortir de cette facilité et de cette « communité » dans la consommation de vin. Des consommateurs ont alors commencé à rechercher le caractère de certains vins, et pas seulement un goût de bois ou de vanille.

A cette volonté d’avoir des parfums plus recherchés et « véritables », les parfums de niche ont commencé à se développer. On peut ainsi penser à Guerlain ou à Hermès, maison qui mettent particulièrement les origines du parfum, ou le savoir-faire de leur nez. Ainsi, Hermès est une des seules maisons chez qui les parfums sont tous encore disponibles, mettant ainsi en avant leur intemporalité et leur vraie valeur. Raisonnement habile et juste, car l’attachement que les personnes prêteront à ces parfums, sont en premier lieu lié à la valeur que leur maison mère leur donne.

Certes le vin et le parfum sont à la base différents dans leur logique de conception. Si le vin se crée par transformation du raisin, le parfum lui née de la composition de différentes odeurs. De même, si le vin reste centré sur son origine naturelle et même locale, le parfum, lui, s’est libéré d’un carcan grâce aux odeurs synthétiques. Ce sont cette chimie et cet éloignement de la nature qui ont permis au parfum de devenir un art, en se libérant des lourdes contraintes imposées par les éléments naturels.

Même si leurs origines et logiques de conception diffèrent, il est envisageable de les traiter de façon similaire en terme d’usage. Ainsi, pourquoi ne pas permettre plus facilement aux gens de vraiment connaître le parfum ? Nous sommes tous déjà passé devant un bar à vin, ou avons déjà entendu parler d’une dégustation de vin. Déjà devant un laboratoire à parfum ? Une initiation aux odeurs ? Jamais, ou exceptionnellement, hormis au cours d’une balade dans la ville de Grasse. Alors pourquoi ne pas offrir cette initiation aux particuliers, leur permettre à eux aussi de sentir les différentes notes d’un parfum, de les identifier et savoir ensuite les reconnaître ? C’est cette connaissance aussi qui crée le gout, la sensibilité, l’esprit critique, et l’attachement au parfum murement choisi. Si ces initiations pouvaient permettre d’éviter les choix de parfum guidés par les visuels publicitaires, mais de favoriser des choix à l’aveugle, uniquement centrés sur le jus, le parfum qui sera sur sa peau, alors le marché de la parfumerie serait poussé vers le haut, vers des variations plus subtiles, des associations encore plus audacieuses. La parfumerie actuelle au contraire tend à l’harmonisation de toutes les senteurs, et les nouveaux parfums sont souvent des répliques légèrement modifiés d’anciennes fragrances.

Pour revenir aux initiations à l’olfaction, on pourrait me répondre qu’une soirée à sentir des parfums donnerait plus mal à la tête qu’une dégustation de vin. Bien sûr. Mais si les dégustations de vin consistaient à boire un grand verre de vin par bouteille, les personnes ne profiteraient aussi que peu de l’initiation. Le point que je souhaite expliquer ici est que nous considérons mal les initiations olfactives car nous n’arrivons pas suffisamment à imaginer la manière dont cela se passerait, ses rituels, et ses codes pour que l’expérience soit profitable. Ainsi, on pourrait notamment penser aux alliances. De même que les dégustations de vin s’accompagnent parfois de plateau de charcuterie, pourquoi ne pas associer le parfum  à d’autres saveurs, qui permettraient de le mettre en avant ?

Le parfum a donc beaucoup à apprendre du vin. S’en inspirer permettra de repenser certaines approches du parfum, et de le rendre plus qualitatif. D’un autre côté, si certains parfumeurs de niche passent le pas de privilégier leurs enseignes comme lieu de vente, encore peu de vignobles se sont à ce point là attribué leur réseau de distribution. Au tour du vin de s’inspirer des parfums ?

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