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Par Caroline Dedenis

Le plastique est un matériau central dans la conception des produits du quotidien et notamment pour l’élaboration des emballages de produits cosmétiques. Cependant l’épuisement des ressources naturelles d’origine fossile ajouté à la montée en puissance de la préoccupation environnementale de la société, dans sa plus large définition, amènent les marques cosmétiques à questionner l’utilisation récurrente des plastiques issus de ressources pétrolières pour leurs produits.

Le remplacement du matériau plastique pour l'industrie de l'emballage cosmétique, l'anticipation d'une tendance future

L’industrie de l’emballage cosmétique demeure l’une des plus grosses consommatrices de matériau plastique. Si l’on se penche de plus près sur la question, fort est de constater que la grande majorité des contenants sont issus de matériaux fossiles. Si nous devions dresser une liste non exhaustive, nous retrouverions les produits de soins pour le corps avec les flaconnages de shampooing, de savon, en passant par les divers tubes de crèmes pour le corps, les baumes à lèvres, les produits coiffants, jusqu’aux produits de maquillage avec les rouges à lèvres, les mascaras, blushs, fonds de teint et autres eyeliners.

Cet enthousiasme pour cette famille de matériau relève de sa facilité de mise en forme à moindre coût. Le plastique a connu son âge d’or au cours du précédent siècle avec l’explosion de la société de consommation, la croissance de la production industrielle de biens et ainsi l’invasion du plastique dans le quotidien des individus. Il s’agit de l’époque de la consécration du plastique durant laquelle l’ignorance concernant son impact néfaste sur notre écosystème incombait. Il en est autrement aujourd’hui. Notre société actuelle demeure entièrement consciente des limites du plastique et des conséquences de son utilisation sur nos terres, elle ne peut en conséquence plus les ignorer.

Les matières plastiques d’origine fossile se servent de ressources non renouvelables : le pétrole. Ce dernier constitue donc une ressource limitée dont l’existence tend à disparaître au cours des prochaines décennies. Sa disparition progressive en fera une denrée rare et nous savons que la rareté d’un produit a tendance à en décupler sa valeur. Le matériau plastique se verra alors hisser vers une valeur financière élevée, aux antipodes de sa valeur actuelle. Les entreprises utilisatrices de plastique si elles souhaitent prospérer économiquement devront donc se tourner vers d’autres matériaux.

Par ailleurs, le matériau de plastique, malgré ses multiples qualités, fait face à son lot d’imperfections. Il génère un impact particulièrement néfaste pour l’environnement – et la santé – tout au long de son cycle de vie : lors de l’extraction de sa matière première des sols, de l’acheminement de cette dernière vers les structures de fabrication, de la mise en forme des produits, de l’acheminement des produits vers les pays-marché, de leur utilisation et enfin de leur destruction.

À ces deux phénomènes – la disparition future du plastique et son impact néfaste pour l’environnement – vient s’ajouter la problématique de préoccupation environnementale. Cette dernière est prégnante chez les consommateurs dont les attentes d’une grande partie d’entre eux reposent sur la responsabilité des marques. Car si différentes études pointent du doigt le fait que le pas le plus grand à effectuer pour réduire l’impact des déchets plastiques sur notre écosystème doit provenir de l’éducation des consommateurs à développer un comportement responsable environnementalement parlant, ces derniers ne semblent pas y être totalement prêts. Les marques ont alors leur rôle à jouer dans cette éducation : les accompagner à travers leur discours, leur identité, leurs produits et leurs rituels pour construire des habitudes de consommation plus vertes. Et les marques sont à leur tour poussées par les gouvernements à migrer vers une activité plus propre. Les normes en vigueur se multiplient à la fois pour le domaine de l’utilisation des matériaux plastiques qu’à l’intérieur même des marchés.

L’éco-conception des matières plastiques est une stratégie clé du développement de l’industrie plasturgiste qui souhaite favoriser la diminution de l’utilisation de ces matières, la faculté des produits à être recyclables ainsi que le recours aux bioplastiques, et ce via l’évolution des normes pour ce marché. Ainsi, le Grenelle de l’environnement, en juillet 2009, a ciblé la réduction des déchets ménagers à hauteur de 5kg par habitant sur une année, pour 2015. Il a également, la même année, porté ses objectifs de recyclage des ordures ménagères à 75% pour 2015 et a mis en place une taxe sur la mise en décharge et l’incinération afin d’obliger le recours à des techniques de valorisation des déchets plutôt que de destruction. Pour ce qui est de l’industrie cosmétique, une volonté européenne souhaite diminuer la fabrication de biens d’hygiène et beauté depuis 2012.

Cependant les marques, au delà des normes leur incombant de respecter, ont tout intérêt à mettre en place des processus responsables au sein de leurs entité ou tout du moins à orienter leur communication sur leur capacité à œuvrer pour un environnement plus propre. Car l’engagement des entreprises en faveur de la cause environnementale ne cesse de grandir dans le choix des marques par les consommateurs. La RSE d’une société impacte de plus en plus l’intention d’achat d’un individu. Les entreprises doivent se montrer plus responsables au regard de leur impact environnemental et cela peut passer par le choix de matériaux dont sont constitués leurs produits.

Le débat s’ouvre alors sur la question d’un futur changement de matériau pour les produits aujourd’hui faits de plastique  Le champ des matériaux alternatifs au plastique d’origine fossile est à balayer. Parmi eux, apparaîtront donc les autres plastiques mais cette fois d’origine végétale et les matériaux d’autres natures comme les fibres papiers. Si nous nous cantonnons à la caste des plastiques, les plastiques bio-sourcés – aux ressources végétales (algues) ou alimentaires (amidon) – sauront retenir notre intérêt. Notre dernière décennie a observé la tendance des produits à être éco-conçus ou plus simplement responsables pour l’environnement et ma recherche s’attelle ainsi à mettre au point de nouveaux matériaux aux origines non fossiles. Ces alternatives, plus clémentes au regard de la préservation de notre environnement, peuvent-elles cependant être considérées comme des solutions viables en termes de performance et d’acceptation par les consommateurs ?

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