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Par Marc BESNARD

«  Nos pères n’ont construit leurs cabanes qu’après en avoir conçu l’image » Étienne-Louis Boullée architecte français né à Paris le 12 février 1728 et mort à Paris le 4 février 1799

Bouillé souligne par cette phrase l’importance du dessin dans le dessein d’ouvrage architectural. L’architecture a toujours fait parti des métiers utilisant l’illustration et le  maquettage avant la construction. Cela, afin d’en accélérer son développement, de prendre en compte le maximum d’informations et de limiter les erreurs.  C’est historiquement l’un des premiers métiers à avoir utilisé le maquettage avant la réalisation. Les premières maquettes ont été découvertes dans des tombes égyptiennes. Elles représentaient des maisons crétoises et des navires de marchandises. Pour comprendre comment les architectes utilisent le maquettage, voici une introduction théorique qui expliquera dans un premier temps quelle est la place des maquettes au sein du processus de conception d’un ouvrage et dans un second temps les différents types de maquettes utilisés par les architectes.

Place des maquettes la conception d’ouvrage

La particularité du maquettage dans l’architecture, c’est sa présence tout au long du processus de conception. On l’utilise pour constituer le brief de départ, pour explorer le projet, pour convaincre les parties prenantes et pour concevoir et tester la faisabilité du projet. Dans son ouvrage « La conception architecturale » de 1992, Prost identifie ce processus comme étant à la fois linéaire et itératif. Il y existe différents jalons mais le développement de chaque partie demande un bouclage entre la formulation de problématiques et la formulation de solutions répondant à ces problématiques. Par ailleurs, toujours selon cet ouvrage, un architecte est incapable de solutionner une problématique tout seul de manière satisfaisante. Il doit pour cela travailler avec des ingénieurs pour le calcul des structures, des spécialistes en sciences humaines pour spécifier les besoins des usagers, des maitres d’œuvres,… Les maquettes lui permettent d’itérer avec les différents corps de métier afin d’apporter les solutions appropriées.

Le schéma ci-dessus résume le processus de conception architecturale vu par Prost, Conan et Paroda. On peut voir sur ce schéma que les maquettes répondent à un besoin de représentation pour chaque étape du projet. En fonction de l’ampleur du projet certaines étapes et maquettes peuvent être fusionnés en une seule étape. Par ailleurs, une étape non-validée par les parties prenantes peut obliger l’architecte à recommencer une étape (flèches en pointillé). Voici brievement le rôle de chaque maquette : Maquette descriptive      
Le but de cette maquette est de décrire les données de départ afin de constituer un brief. On peut y retrouver des plans et des photos de l’existant, des schémas de principe et les verbatims des besoins du client.

"Nos pères n’ont construit leurs cabanes qu’après en avoir conçu l’image"

Maquette d’exploration  
La maquette d’exploration est une appropriation de l’architecte sous forme de reformulation des besoins clients et du cadre de travail. Ces maquettes sont souvent abstraites et expriment les émotions de l’architecte sur ce projet. À ce stade on ne se préoccupe pas des solutions qui seront apportées à la problématique principale.

Maquette analytique
La maquette analytique est une clarification des données précédentes. Elle permet l’analyse des travaux effectués précédemment afin de définir des critères et des axes de travail. C’est une prise de hauteur nécessaire pour l’architecte.

Maquette synthétique
C’est la synthèse du travail effectué précédemment, on y superpose les travaux précédents sur un même support afin de raconter une histoire et présenter le projet à une tierce partie. Cette maquette doit être à la fois fonctionnelle et esthétique. Elle a pour but de convaincre les parties prenantes que c’est la direction à prendre pour le projet.

Maquette détaillée
Une fois que la première phase du projet est validée, l’architecte est amené à détailler le projet sous toutes ses coutures. C’est le développement du projet, tout reste à faire. Sur la base des validations précédentes, il va explorer chaque détail afin de faire vivre son projet.

Maquette et plans d’exécution
Ce sont les représentations normalisées et codifiées qui permettront de travailler avec les différents corps de métiers sur la construction du projet.

Maquette d’exposition
Elle permet de communiquer au près des parties prenantes et parfois au près du public lorsqu’il s’agit d’ouvrages publics ou de copropriétés. C’est une maquette très réaliste.

La conception de maquettes

Il existe deux grandes familles de maquettes. La première famille regroupe toutes les représentations graphiques traditionnelles. La deuxième famille regroupe toutes les représentations graphiques obtenues par le biais d’outils informatiques.

Les maquettes traditionnelles.      

En architecture, on appel maquette traditionnelle toute maquette pouvant être conçue sans l’aide d’outils numériques. On distingue ensuite deux types de maquettes traditionnelles : les aplats et les maquettes volumiques.

Les aplats sont des maquettes en 2 dimensions. Ils peuvent être fabriqués à partir de photos, de rough (esquisse), de plan,… Avec cela, les architectes conçoivent des planches de tendances, des schéma explicatifs,…

Les volumiques sont des maquettes conçues en 3 dimensions et fabriquées à partir de bois, de carton ou tout autre type de matériau permettant de créer des volumes. Ils permettent de tester des comportements complexes tel que les réflexions lumineuses, les ombres portées,… Pour certains projets complexes les architectes peuvent faire appel à des modélistes confirmés.

Les maquettes numériques.            

Les outils informatiques sont arrivés dès les années 80 dans l’architecture. Cependant, la démocratisation de ces outils pour maquetter des ouvrages architecturaux n’est apparue que depuis la fin des années 90 avec la commercialisation de PC plus puissants et dotés d’écrans couleurs. Aujourd’hui les logiciels de conception architecturale permettent de créer des rendus proches du réel. Tout comme les maquettes traditionnelles, il existe deux types de maquettes informatiques : les maquettes en 2 dimensions (2D) et les maquettes en 3 dimensions (3D).

Les maquettes 2D sont conçues avec des logiciels de PAO (photo assisté par ordinateur) ou de DAO (dessin assisté par ordinateur). Avec ces logiciels on peut créer des montages photos, des dessins réalistes ou même mélanger les deux afin d’obtenir des rendus proches du réel. L’avantage de la 2D numérique par rapport à l’aplat traditionnel est qu’il est plus facile d’itérer, modifier, dupliquer, agrandir…

Les maquettes 3D numériques sont de plus en plus utilisées par les architectes. L’avantage par rapport aux maquettes volumiques traditionnelles c’est qu’il est possible de modifier rapidement une maquette sans avoir à tout reprendre. Par ailleurs le gain de temps est important. Ces logiciels permettent de passer rapidement d’une maquette exploratoire à une maquette détaillée.

La frontière entre le numérique et le réel est de plus en plus faible. L’utilisation d’outils numériques tel que l’appareil photo, la tablette tactile, l’imprimante traditionnelle, l’imprimante 3D et les scanners 2D et 3D raccourcissent les délais de fabrication de maquettes. Les évolutions technologiques dans ce domaine auront donc une influence particulièrement importante sur le type de maquette utilisé par les architectes.

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