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Article rédigé par Lola Niccolaï

Nous ne sommes plus des nomades. Depuis qu’il s’est sédentarisé l’Homme n’a cessé d’évoluer. A bien y regarder il semblerait qu’au fil du temps, les bâtiments qu’il créé deviennent des marqueurs de son évolution.

D’un toit de chaume, une étable, il a développé ses usines, ses palaces, il a rassemblé ses peuples pour les faire vivre dans des immeubles, aujourd’hui il a les yeux rivés vers ses tours au plus près du ciel. Les temps changent, nos besoins avec. Nous aménageons notre espace au gré de notre société. Nous construisons, sans toujours déconstruire. Alors que deviennent nos œuvres lorsqu’elles ne sont plus utiles à la société ?

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– Pologne, Gdynia « w gdynia nie pada »-

En Pologne, les bâtiments abandonnés ne manquent pas. Au détour d’une balade en bord de mer, à Gdynia, on aperçoit au loin ce qui fut un hôtel spa luxueux il y a à peine 10 ans. En s’approchant on est rapidement happé par un univers composé de toutes pièces par ceux qui le rencontrent. Les chambres, les couloirs, les escaliers, le toit … portent de nouvelles couleurs.

Quand on délaisse les œuvres que l’on a construit, elles deviennent d’abord un espace d’expression. Squatteurs, artistes, simples marcheurs, tous sont invités par ces murs à marquer leur passage. Cet espace n’est pas mort puisque j’y ai vécu, même le temps d’un instant.

Un endroit où le bienheureux qui rencontre ces lieux est invité à laisser sa trace, faire part de son errance. A attester de l’existence du bâtiment, autant que de la sienne.

La vie reprend d’elle même sur ces murs abimés.

L’art ne s’invite pas toujours seul dans ces espaces. Mais bien souvent quand les artistes sont les seuls appelés, c’est pour la GoodBye Party du bâtiment.

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– France, Paris « Tour 13 » –

Octobre 2013, défi réussi pour la galerie Itinerrance : à la veille de la destruction de l’immeuble du 5 rue Fulton, 100 graffeurs venus du monde entiers ont transformé ces 4500m2 en véritable ruche artistique. Ce sont plus de 25 000 visiteurs qui sont venus s’imprégner des lieux.

Incroyable terrain de jeu pour ces artistes qui aura permis au bâtiment de vivre glorieusement ses dernières heures. Une sorte d’Adieu aux yeux de tous pour ne pas oublier. Mais qu’en est-il de notre mémoire ?

Plutôt que de dire au-revoir ne peut-on pas revivre avec les lieux ?

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– France, Nantes « Hangar à Bananes » –

C’est le choix qu’a fait Nantes en réhabilitant ses hangars qui autrefois réceptionnaient les bananes directement venues de Guadeloupe. Bars, salles de concert, discothèques, restaurants … Le hangar à bananes, autrefois haut lieu de l’esclavage, est devenu un rendez-vous incontournable de la vie des nantais.

Grâce au design on peut redonner la vie à nos espaces. Le choix fait est de regarder son passé pour construire son avenir. L’Homme pourrait ainsi marcher dans ce qu’il a construit, se souvenir de son Histoire, pour déployer ses nouvelles valeurs.

Nos pays développés sont marqués par les friches industrielles à l’abandon, les villes viables que l’on veut aujourd’hui mettre en œuvre ne se doivent elles pas de revaloriser ces espaces ? Quel potentiel de développement offrent-ils ? Pourraient-ils de nouveau se rendre utiles à la société ? A quels enjeux doivent-ils répondre ?

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